Maand: december 2019

What's new?

Journée d'étude du 7 novembre : la démence dans sa diversité

N’étiez-vous pas présent.e le 7 novembre? Voici un compte rendu des différentes interventions.

Ce projet de recherche est financé par FEDER Bruxelles.

Partir et oublier : les migrants de travail et les réfugiés politiques de 1945 aux années ’70 par dr. Anne Morelli, historienne, professeure honoraire de l’ULB

Prof. Morelli, ULB, a effectué des recherches sur les migrations en Belgique et a publié plusieurs livres sur les migrations de main-d’œuvre de 1950 à 1970. Dans son exposé, elle a décrit de manière détaillée comment la Belgique concluait des accords avec différents pays pour attirer les travailleurs migrants, notamment pour travailler dans les mines.

De belles brochures sur la Belgique et sur les conditions de vie et de travail visaient à motiver les employés potentiels à venir travailler en Belgique. La réalité a été délibérément présentée beaucoup trop belle. La catastrophe de la mine à Marcinelle en 1956 a découragé les Italiens. C’est pourquoi on a commencé à recruter de la main d’œuvre en Turquie et au Maroc.

Les conséquences de l’approche du gouvernement belge vis-à-vis de cette migration de main-d’œuvre sont encore ressenties aujourd’hui par ces travailleurs migrants et leurs familles. Ils vivaient ensemble dans des cités et étaient donc principalement en contact avec leur compatriotes  et, dans une moindre mesure, avec les autres groupes de population de notre pays. Leur situation offrait peu d’opportunités d’amélioration socio-économique. Cela joue toujours un rôle dans la vie de ces travailleurs migrants et de leurs familles.

Beaucoup rêvaient de rentrer plus tard dans leur pays d’origine, mais l’arrivée d’enfants et de petits-enfants les a obligés à rester dans le “pays d’accueil” et à vieillir ici.

Nous voyons maintenant les conséquences des choix que les gens ont faits dans le passé et nous devons trouver un moyen de les gérer.

Diverse Elderly Care:  leçons tirées de quatre années de recherche sur l’expérience de la démence et les soins dispensés aux personnes âgées issues de l’immigration, par les chercheurs Saloua Berdai-Chaouni et Ann Claeys

Contexte de la recherche par Ann Claeys

DEC est un projet de recherche scientifique appliquée, axé sur la perception de la démence et les soins aux personnes âgées issues de l’immigration. Les chercheurs ont mis en lumière ce thème du point de vue des personnes âgées, du soignant et du professionnel de la santé. Pour le projet, le groupe cible défini consiste en des personnes âgées d’origine marocaine, turque et italienne.

Des considérations éthiques ont largement déterminé l’approche et le déroulement de ce projet. À chaque étape, les chercheurs ont essayé à déterminer si le fardeau imposé aux groupes cibles concernés n’était pas trop lourde et ont cherché à fournir aux participants des informations de manière à assurer une certaine réciprocité. À partir de cette approche, des séances d’information ont également été élaborées, au cours desquelles ils ont rejoint un groupe important de personnes âgées et d’aides familiales.

Il est important d’oser – délibérément – s’écarter des sentiers battus et de cette manière, on peut atteindre un groupe dont l’on dit souvent: “nous ne les atteignons pas”.

Après cette journée d’étude, un livre sera publié. L’équipe de recherche examine comment elle peut mettre en pratique les résultats.

Description de la vision des personnes âgées sur les soins et la démence de Saloua Berdai Chaouni

Au cours de cette recherche, certains mythes sont réfutés:

On suppose souvent que les familles d’origine migrante s’occupent elles-mêmes des personnes âgées, mais ce n’est pas le cas. La recherche montre que la réalité est beaucoup plus nuancée.

Les personnes âgées issues de l’immigration considèrent les soins de manière très différente, mais en général, les chercheurs soulignent un point de vue réaliste: ils ne sont pas demandeur de soins professionnels, mais ils voient aussi que la famille et leur carrière professionnelle, laissent peu de temps aux enfants pour s’occuper d’eux. Ils ont une vision réaliste de la question des soins de santé. Les expériences de soins qu’ils ont déjà eues ne sont pas positives. Ils le ressentent comme inaccessible, déroutant et humiliant.

Parmi ces personnes âgées, la maison de repos et de soins est le plus connu parmi les soins professionnels. La gamme de soins à domicile est peu ou pas connue. Une fois que les personnes âgées ont reçu des informations à ce sujet, il leur semble que cette solution est valable. C’est donc certainement une piste à surveiller.

Les chercheurs concluent que la manière dont les personnes âgées perçoivent la démence et les soins dépend de divers facteurs: personnels, liés à l’âge et influencés par la migration, la culture et la religion. Enfin, les chercheurs déclarent qu’il est important de continuer à voir la diversité dans le contexte des personnes âgées issues de la migration.

Karima Saïdi était une aidante proche pour sa mère d’origine marocaine

Dans son témoignage, Karima décrit le chemin qu’elle a suivi tout au long des soins pour sa mère. Quelle quête et quelle lutte elle a menée pour entourer sa mère. Elle clôt son témoignage avec un teaser d’un documentaire qu’elle a réalisé sur les soins de sa mère atteinte de démence. Le documentaire sera publié en 2020.

Réflexion du Dr. Liesbeth De Donder de la VUB sur ces résultats vue d’un point de vue gérontologique.

Dr. De Donder a abordé d’abord les termes utilisés dans cette étude: que signifie “vieux”, qui appartient à ce groupe et avons-nous besoin d’un nom séparé pour cette partie de la population? Il s’ensuit que nous devrions aborder ces personnes âgées en tant que groupe séparé. Elle soulève de nombreuses questions pour approfondir la réflexion. Il est possible d’éclairer ce thème sous différents angles.

Le rôle de la musicothérapie dans les soins pour personnes âgées issues de l’immigration

Yesim Saltik est une musicothérapeute turque. Elle a expliqué en quoi consiste le métier de musicothérapeute et quels effets positifs cela peut avoir sur les personnes atteintes de démence. Elle a également expliqué pourquoi la musicothérapie actuelle ne vise pas les migrants âgés. Cela est dû en partie à la reconnaissabilité, mais également à des aspects musicaux très pratiques tels que le rythme et les sonorités. A cause de ce besoin, elle a développé une collection de chansons avec des chansons très reconnaissables pour les travailleurs migrants turcs de première génération. Elle en voit l’effet positif sur les personnes âgées avec qui elle travaille. Yesim a conclu son intervention par quelques chansons.

Luciano Ferro: témoignage d’un aidant proche pour sa mère d’origine italienne

Ce témoignage a également révélé qu’il s’agissait principalement de rechercher de bonnes solutions, avec des essais et des erreurs. C’est aussi toujours un exercice d’équilibre que de régler ces problèmes dans une famille où il faut toujours consulter ses frères et sœurs.

Diverse Elderly Care:  leçons tirées de quatre années de recherche sur l’expérience de la démence et les soins dispensés aux personnes âgées issues de l’immigration, par les chercheurs Saloua Berdai-Chaouni et Ann Claeys

Explication sur le rôle des aidants proches par Saloua Berdai Chaouni

L’opinion des aidants est également plus nuancée qu’on ne le suppose généralement. Dans l’ensemble, les aidants proches ressentent cette expérience comme une grande recherche : une recherche d’informations, une recherche de solutions et une façon pour gérer tout ça. Cette recherche s’applique à tout le monde, mais en raison du contexte de migration, une couche supplémentaire est ajoutée, ce qui la rend plus difficile: il n’existe aucun exemple provenant de leur propre réseau. Le secteur de la santé a peu de connaissances / expérience et ils doivent tenir compte des avis de leur communauté. Le cours des soins de la démence dépend en grande partie de la rencontre accidentelle d’un prestataire de soing qui réfléchit, qui est sur la même longueur d’onde et qui peut aider à façonner les soins.

La perspective du prestataire de soins professionnel par Ann Claeys

La vision du prestataire de soins professionnel en matière de soins pour les personnes âgées issues de l’immigration est étroite et les chercheurs y voient deux tendances: les patients turcs ou marocains ne sont considérés que comme des «musulmans». Pour les Italiens, par contre, on ne fait pas attention à une différence de culture: “Ils sont comme les Belges”. Le concept de soins tenant compte de la culture est réduit à une liste de contrôle de questions pratiques mettant l’accent sur des aspects tels que la langue ou la nutrition. Nous pensons qu’elle est dominante dans tout le discours du prestataire de soins et la conscience de soi ou le cadre de référence du prestataire de soins n’est guère remis en question. C’est un aspect qui mérite plus d’attention dans l’éducation et la formation des professionnels. Il est nécessaire de travailler sur l’image que l’on se forme de cette thématique.

Réflexion de Sophie Withaeckx, coordinatrice du centre de recherche RHEA

Quelle est l’influence de la super diversité, de l’intersectionnalité ou de la critique postcoloniale sur l’idée de “bons soins”?

Sur base de cette optique, M. Withaeckx a décrit une perspective différente pour examiner la même question.

Conclusions de Saloua Berdai Chaouni et Ann Claeys

Des liens doivent être établis entre les communautés car il s’agit d’une histoire partagée. Des liens doivent également être établis entre les générations, car la première génération de travailleurs migrants est maintenant âgée, mais d’autres personnes âgées immigrées arrivent et ont également besoin de soins de qualité.

Ce n’est pas une belle histoire à raconter, mais il y a des choses qu’il faut quand-même oser dire. Nous ne pouvons pas continuer à nous limiter aux questions pratiques, en perdant de vue la situation dans son ensemble.

Nous avons entendu deux histoires d’aidants proches lors de cette journée d’étude, mais il y en a beaucoup comme celle-ci. Nous devons continuer à les promouvoir.

On peut se demander s’il est logique de continuer à travailler avec de vieilles recettes. Les résultats de la recherche suggèrent la nécessité de nouvelles initiatives et d’un nouveau modèle de soins pour le soutenir.

Lors de la table ronde, la ministre Elke Van Den Brandt et M. Cauchie, conseiller du ministre Maron, ont élaboré ce thème.